Psy actualités : Les thérapies cognitivo-comportementales

Acrophobie ou Peur extrême des hauteurs

Présentation des TCC:

Définition des TCC :

Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) sont des thérapies brèves car limitées dans le temps avec des objectifs précis planifiés et une progression ciblée. Elles sont construites en suivant une approche et une attitude scientifique. Elles s'appuient sur des modèles théoriques cognitifs et comportementaux pour expliquer les troubles psychiques. Ces thérapies sont centrées sur "l'ici et maintenant". Une conception environnementale les sous-tend : le milieu influence les réponses émises mais le sujet peut apprendre à les modifier. Les TCC s’intéressent à la partie émergée des symptômes en tendant à modifier des conduites. Pour ce faire, elles abordent trois niveaux du fonctionnement psychique : comportemental (ce que je fais, ce que je ne peux m'empêcher de faire) cognitif (mes cognitions à savoir mes pensées et mes croyances) et émotionnel (ce que j'éprouve).

 

Dans les TCC, le thérapeute est actif et directif. Une alliance thérapeutique se met en place où le thérapeute et le patient interagissent. Elle comporte une forte dimension psychoéducative (explication du trouble et de sa cause, proposition de lecture, exercices..). Le patient est invité à collaborer activement pour accroître ses capacités d'autogestion (agenda, lectures, grilles d'évaluation et d'observation, mise en pratique...).

Modèle interractif expliquant les 3 niveaux d'intervention des TCC : comportemental, cognitif et émotionnel

Un peu d'histoire des TCC :

Les 3 vagues de thérapies cognitives et comportementales

Les TCC ont connu 3 vagues successives de développement qui se sont combinées pour former les TCC d'aujourd'hui.

La première vague TCC  : Modifier le comportement par l'apprentissage:

 

Un première vague comportementale a démarré dans les années 1950 avec les Behavioristes de Pavlov à Skinner. Les comportementalistes cherchent à décrire et comprendre les comportements humains en ne prenant en compte que ce qui est observable sans ouvrir la "boîte noire" (inconscient). Les comportements qui font souffrir ont été appris et peuvent donc se désapprendre, c'est le fondement du courant Behavioriste.

Pavlov, Skinner et Bandura
Pavlov, Skinner et Bandura

Ivan Pavlov et le conditionnement répondant :

Pavlov est un médecin et physiologiste à l'origine de la théorie du conditionnement classique. Il a décrit le processus par lequel un individu va associer une réponse déjà programmée (ex : saliver) qui est normalement déclenchée par un stimulus conditionné (ex : nourriture) à un stimulus neutre non conditionné qui ne déclenche normalement aucune réponse (ex : cloche qui sonne). Pavlov vit dans ce phénomène les bases de l'apprentissage.

Le condionnement répondant, 1ere vague TCC
Conditionnement répondant

Burrhus Frederic Skinner et le conditionnement opérant :

Skinner, psychologue et penseur, a été influencé par la théorie de Pavlov pour élaborer sa théorie de l'apprentissage. Selon lui, nos comportements sont influencés par les conséquences qu'ils provoquent ainsi que par l’environnement.  Il explique que la réponse du sujet  est volontaire car il cherche à être récompensé ou à éviter la punition. L’individu peut donc apprendre à augmenter ou à diminuer un comportement. La "boîte de Skinner" est un dispositif expérimental qu'il a inventé pour étudier le conditionnement.

Conditionnement opérant de Skinner

Enfin , Albert Bandura fera la jonction entre les comportementalistes et les cognitivistes en proposant une théorie sociale cognitive. Il met en avant les capacités des enfants à apprendre par imitation de nouveaux comportements.

C'est sur les bases de ces travaux menés par les Behavioristes que se sont construites des méthodes thérapeutiques pour traiter les troubles anxieux ( Joseph Wolpe et la désensibilisation aux situations anxiogènes par exposition graduelle en imagination).

 

La seconde vague TCC : Travailler sur les dysfonctionnements cognitifs

Une seconde vague dite "révolution cognitiviste" s'est amorcée dans les années 1970. Les chercheurs s'intéressent à la manière dont les pensées influencent le comportement et les émotions. Ils étudient le traitement de l'information par le cerveau.

Ainsi le psychologue Albert Ellis développe la thérapie rationnelle émotive qui se fonde sur l'acceptation inconditionnelle de soi. De manière directive, la patient est invité à adapter ses pensées et comportements. A  la même époque, Aaron Beck travaille sur les erreurs cognitives et les pensées automatiquement négatives chez les personnes souffrant de dépression.

Selon les cognitivistes, les pensées sont des interprétations de la réalité et non la réalité elle-même. Un trouble résulte d'une erreur dite distorsion dans le traitement de l'information. La restructuration cognitive propose de travailler ces schémas en les identifiant, les questionnant et les mettant à l'épreuve notamment par des expériences vécues.

La troisième vague TCC : Tenir compte de l'implication des émotions :

 

A partir des années 1990, la troisième vague dite "émotionnelle" se préoccupe davantage des émotions.   Le Mindfulness ou Pleine conscience appartient à cette mouvance qui préconise de diriger son attention sur le moment présent en acceptant ce qui vient sans jugement et sans attente pour permettre une distanciation avec ses pensées.

Steven Hayes introduit la thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT) qui préconise de ne pas lutter contre ses émotions mais de leur faire une place en se dégageant de ses pensées.

 

"Méditer c’est porter attention aux choses telles qu’elles sont et non telles que nous voudrions qu’elles soient. »

 

Williams, Teasdale, Segal, Kabat-Zinn, 2007

Les principes des TCC :

En tenant compte des facteurs biologiques, les TCC cherchent à modifier les facteurs qui déclenchent et maintiennent le trouble (anxiété, dépression, problèmes relationnels, dépendances...).

La thérapie propose un confrontation comportementale progressive au malaise en favorisant l'acceptation des émotions qu'il suscite et en abordant les cognitions qui lui sont associées. Pour ce faire un plan d'action est construit avec le patient afin de  mettre en place ces expériences comportementales. Dans ce plan d'action, une exposition graduée, prolongée, répétée et variée est proposée. Ainsi, dans une situation qui engendre de l'anxiété, le but est de modifier les réponses de peur et d'évitement. A force d'exposition, une habituation émotionnelle doit se mettre en place puis une extinction des comportements d'évitement.

L'analyse fonctionnelle en TCC :

L'analyse fonctionnelle en TCC, psychologue Vendargues
L'analyse fonctionnelle, base de la thérapie TCC

Dans les premiers temps de la thérapie, le thérapeute accompagne le patient pour qu'il réalise une analyse comportementale dite fonctionnelle des facteurs qui déclenchent et maintiennent les difficultés qu'il souhaite traiter. Elle vise à personnaliser la thérapie. Cette analyse comporte une partie dite synchronique qui se réfère à la situation actuelle et une partie diachronique qui fait l'historique de l'acquisition des perturbations. Elle se conduit par le biais d'un entretien clinique, de grilles d'évaluation, de fiches d'auto-enregistrement (le patient enregistre lui-même ses comportements problèmes au moment où ils ont lieu) ainsi que des observations directes ou indirectes. A partir de cette analyse, différentes approches thérapeutiques seront proposées (travail sur les émotions, les cognitions, le comportement, l'entourage).

Dans le cadre de la thérapie TCC, le patient et le thérapeute procèdent à une analyse fonctionnelle. Elle est la base permettant de determiner les approches thérapeutiques.
L'analyse fonctionnelle modèle SECCA

TCC et Psychanalyse :

Au-delà des débats passionnés, les Thérapies cognitivo-comportementales et la Psychanalyse se différencient radicalement par leurs modèles théoriques et leurs conceptions respectives d'où découlent des approches  et des visées thérapeutiques distinctes.

Quelles différences entre les deux approches ?

Comme nous venons de le voir, pour les TCC, le symptôme est l'expression d'une association indésirable entre une situation, un comportement, les cognitions et les émotions que cela génère. Les TCC font référence aux lois de l'apprentissage et aux conditionnements pour expliquer la formation d'un symptôme. Les TCC sont issues de la psychologie scientifique expérimentale et se réfèrent au DSM V pour établir un diagnostic. Ce sont des thérapies de l'ici et maintenant dont le but visé est l'apprentissage de nouvelles façons de faire afin de se départir de celles qui font souffrir. Les TCC sont des thérapies brèves et directives où le patient et le thérapeute collaborent activement ensemble.

 

Selon la psychanalyse, le symptôme a, pour le patient, un motif, un sens et une intention qu'il s'agira de déchiffrer. Ce sens est l'expression d'une singularité, d'une histoire particulière et d'une logique inconsciente refoulée. A partir du discours du patient, grâce notamment à la libre association, le travail d'introspection va du conscient vers l'inconscient afin d'en déchiffrer le sens, permettre de se l'approprier et de s'en libérer. Autrement dit, la psychanalyse tend à rendre leur sens aux symptômes, à intégrer sa propre histoire et à se familiariser avec son fonctionnement psychique. Ceci permet de  désamorcer les conflits internes et d'être  plus au clair avec son désir. La psychanalyse est donc un processus de changement qui vise à parvenir à une meilleure connaissance et acceptation de soi ainsi qu' à des remaniements psychiques. En sachant y faire, le patient prend la direction de sa vie.

 

Quelles sont les différences entre les Thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et la psychanalyse ?
Différence entre TCC et Psychanalyse

 

La psychothérapie analytique se base sur ces fondements théoriques tout en proposant un cadre plus directif que dans la cure dite classique. A partir d'un échange verbal entre le patient et le thérapeute, un axe de travail est défini avec des objectifs ciblés et réactualisés au fur et à mesure du travail. La durée de thérapie est moins longue que dans la cure type. (se référer à notre rubrique psychothérapie).