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La méthode de la libre association freudienne

Les règles fondamentales

Définition de l'association libre freudienne

Dire tout ce qui vient, comme cela vient, sans tri ni censure

En 1913, dans son écrit sur "La technique psychanalytique", Freud définissait la

la méthode de la libre association qui est la règle de base de la psychanalyse :

 

"Votre récit doit différer, sur un point, d’une conversation ordinaire. Tandis que vous cherchez généralement, comme il se doit à ne pas perdre le fil de votre récit et à éliminer toutes les pensées, toutes les idées secondaires qui gêneraient votre exposé et qui vous feraient remonter au déluge, en analyse vous procédez autrement.

Vous allez observer que, pendant votre récit, diverses idées vont surgir, des idées que vous voudriez bien rejeter parce qu’elles sont passées par le crible de votre critique. Vous serez alors tenté de vous dire : « ceci ou cela n’a rien à voir ici » ou bien : « telle chose n’a aucune importance » ou encore : « c’est insensé et il n’y a pas lieu d’en parler ».

Ne cédez pas à cette critique et parlez malgré tout, même quand vous répugnez à le faire ou justement à cause de cela. Vous verrez et comprendrez plus tard pourquoi je vous impose cette règle, la seule d’ailleurs que vous deviez suivre. Donc, dites tout ce qui vous passe par l’esprit. "

Une invitation au voyage

Ainsi, la libre association est d'emblée présentée comme une invitation au voyage vers le "monde merveilleux des processus psychiques". L'évocation d'un paysage à explorer et à regarder en  détail est associée à un désir d'en savoir davantage sur le fonctionnement de l'inconscient. Ce désir de connaissance vient s'opposer au désir de fermer les yeux sous-tendu par le mécanisme du refoulement.

Cette ouverture d'esprit que Freud nomme "attention en égal suspens", plus souvent traduite par les termes "d'attention flottante", vient s'opposer à une "attention dirigée ou focalisée".
Tableau "Cap gris nez", Nicolas de Staël.

Ce paysage change au fur et à mesure du voyage car il est le fruit d'une construction psychique élaborée par l'analysant au cours de son analyse. Il est donc impossible de prédire à l'avance comment ce paysage va évoluer. Ainsi, les deux compagnons de voyage que sont l'analysant et son analyste, doivent accepter de se laisser" surprendre par tout fait inattendu"  (lapsus, bizarreries du discours, silence...)

L'attention flottante du psychanalyste

Explorer en restant ouvert à une pluralité de sens

De son côté, l'analyste doit prêter attention à tout ce que dit l'analysant sans à priori. Cette ouverture d'esprit que Freud nomme "attention en égal suspens", plus souvent traduite par les termes "d'attention flottante", vient s'opposer à une "attention dirigée ou focalisée" notamment sur la description du symptôme. Elle constitue, avec la règle de la libre association, la pierre de voûte de la technique psychanalytique

Grâce à son écoute, à ses interventions voire à ses interprétations, le psychanalyste pourra mettre en perspective le discours de l'analysant.

L'attention flottante du psychanalyste doit lui permettre de mettre de côté ses propres réflexes et ce qui le constitue par ailleurs pour être disponible avec une neutralité bienveillante. A cette condition, l'analyste pourra s'ouvrir à l'inconscient de l'analysant et en favoriser l'émergence dans son expression la plus singulière possible.

 

Cette attention flottante n'a donc rien à voir avec le vieux cliché du psychanalyste somnolent sur son fauteuil ou muet comme une carpe ! Bien au contraire, il s'agit d'une faculté à écouter avec fluidité et précision le discours de l'autre. Grâce à son écoute, à ses interventions voire à ses interprétations, le psychanalyste pourra mettre en perspective le discours de l'analysant.

A quoi bon tout ça ?

La où était le Ça, Je doit advenir

Ainsi, la libre association freudienne, règle fondamentale de la psychanalyse, est d'emblée présentée comme une invitation au voyage dans le "monde merveilleux des processus psychiques"
Acrylique "Cerf volants libérés", S.P

Grâce à libre association de l'analysant et l'attention flottante de l'analyste qui acceptent tous deux de se laisser surprendre, au détour du discours, l'inconscient peut faire irruption dans le conscient de manière inattendue. Le projet de l'analyse étant de permettre à l'analysant de découvrir comment fonctionne son inconscient, de se familiariser avec cette partie de lui -même étrange et étrangère. En apprenant à mieux se connaître, en donnant du sens à ce qu'il vit et ce qu'il a vécu,  l'analysant  peut s'affranchir de ce qui le fait souffrir. Peu à peu, il va pouvoir  prendre sa place parmi les autres en accord avec ce qu'il est.

 

Bien entendu, ce n'est pas l'analyste qui fait surgir l'inconscient de l'analysant puisque l'inconscient est par nature incontrôlable ! L'analyste ne fait que le mettre en lumière.

La psychanalyse implique donc que l'analysant s'engage et se mobilise activement dans le travail de la cure.

 

De fil en aiguille, analyste et analysant, tels deux archéologues tenteront de déchiffrer le sens caché du discours, des symptômes, de ce qui se répète et qui fait souffrir. L'analyse des productions de l'inconscient tels que les rêves, les lapsus, les actes manqués permettront de remonter patiemment des chaines signifiantes souvent inexplorées et à l'analysant d'y voir plus clair avec son propre désir.

 

Grâce à ces deux règles, libre association et attention flottante, qui constituent la base du cadre de travail, le processus analytique peut se mettre en place et se déployer.